Discours inaugural du Grand Imam, Cheikh d'al-Azhar, lors de la réunion tenue le 27 Septembre 2016 à Genève entre le Conseil des Sages Musulmans et le Conseil œcuménique des Eglises

  • Monday, October 3, 2016
Discours inaugural du Grand Imam, Cheikh d'al-Azhar, lors de la réunion tenue le 27 Septembre 2016 à Genève entre le Conseil des Sages Musulmans et le Conseil œcuménique des Eglises

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
Honorable audience !
Al-Salamu 'Alaykum wa Rahmat Allah wa Barakatuh
(Que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur vous)
Permettez-moi, tout d'abord, de vous remercier très sincèrement de m’avoir invité pour assister à cette rencontre qui nous réunit dans des circonstances critiques touchant aujourd'hui notre monde. C'est ainsi que cette rencontre se tient dans l’ombre d’une crise morale menée par toute l’humanité de sorte que l'affection et la paix sont tenues pour exception de la règle générale, celle de l'égoïsme, de la haine et du conflit, dominant partout.
Je n’exagère peut-être pas en disant : c’est tant impossible de trouver un seul pays n'aspirant plus à une paix durable et à une vie dépourvue de toute sorte de violence et de terrorisme.
Il est tellement regrettable que les religions soient exclusivement inculpées de la production de cet abominable terrorisme.
Citons que deux réalités importantes, à cet effet, échappent à ceux qui en inculpent les religions.  
La première est que les religions ont pour objectif de stabiliser la paix sur terre, de mettre fin à l’injustice et de préserver la vie humaine. Il suffit que le nom de la religion à laquelle j’appartiens, comme vous le savez, est dérivé de la paix. Elle porte le nom d’al-Islam, et la paix, comme vous le savez, est l'un des attributs d’Allah, Exalté soit-Il. Parmi les attributs d'Allah, figurent également « le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, le Compatissant, le Tout Affectueux et le Doux ». La personnalité du musulman est distinguée d'après le prophète de l'Islam par : « celle ne portant aucunement atteinte à personne.»
La deuxième réalité est que le terrorisme, dont les religions en général et l’islam en particulier sont accusés, ne fait aucune distinction entre les hommes.  
Il ressort d'un bref examen des victimes du terrorisme que les musulmans eux-mêmes payent de leur sang et de leur vie le plus lourd tribut au terrorisme. Ce n’est pas seulement le cas en Orient où le terrorisme frappe l'Iraq, le Pakistan, le Liban, l'Egypte, la Lybie et a dévasté la Syrie, mais c’est aussi en Europe où les musulmans, à l’instar des non musulmans, sont victimes des attentats terroristes. En effet, je pense que la vraie perte pour les musulmans était de juger terroriste leur religion et de répéter ce jugement étant à l’origine du discours haineux adopté par les extrémistes de droite. Ceux-ci qui ont méprisé les religions, appelé à expatrier leurs adeptes et porté atteinte à leurs lieux de culte. Il en est résulté que les innocents se sont trouvés pris entre le marteau du terrorisme et l'enclume de l’islamophobie.  
Chère audience !
Je ne voudrais pas continuer à défendre les religions contre cette accusation injuste car, comme vous le savez, elle est dénuée de fondement. Mais j'aimerais confirmer que la stabilisation de la paix et sa propagation partout, représentent la responsabilité majeure assumée par les religions. Elle fait même partie de leurs objectifs à atteindre. Toutes les religions affirment le caractère inviolable du sang de l'Homme, de ses biens et de son honneur. Je ne connais aucune religion céleste autorisant l'effusion du sang, la violation des droits ou le fait de terroriser les innocents.
Je crois que le monde ne connaitrait la paix qu'au cas où les institutions religieuses et leurs leaders œuvrent ensembles à établir la paix.
J'aimerais aussi répéter devant vous ce à quoi l'Azhar avait appelé depuis plus de 70 ans, ici dans les capitales de l'Occident, à savoir qu'il faut d'abord réaliser la paix au milieu des hommes de religion eux-mêmes, puis entre eux, les penseurs et ceux chargés de prendre les graves décisions, avant de tenter de la promouvoir au sein du grand public.
Mesdames et Messieurs !
En fait, il ne suffit plus les condamnations et les communiqués émis par les hommes de religion contre les actes violents et terroristes et le discours haineux, car il s'agit alors d'un effort dissipé n'ayant aucun impact sur le terrain. Il faut, à priori, que nous, les leaders religieux, nous coopérer face à la violence tout en présentant un projet international touchant le réel. Plusieurs réunions abordant les causes de ce phénomène et ses plus importantes solutions pour y faire effectivement face au niveau intellectuel, scientifique, social et éducatif, tisseront le poile de fond de ce projet.
A noter qu'Al-Azhar a ajouté une nouvelle matière à son programme éducatif pour sensibiliser les élèves et les étudiants aux dangers du terrorisme et de la violence et les protéger contre toutes les idées erronées et le fait de rejoindre les groupes terroristes qui utilisent, au nom de l'Islam, la violence armée.
    En parallèle, les religions doivent jouer leur rôle pour sensibiliser les jeunes à la valeur de la miséricorde et de la compassion en leur organisant des forums internationaux, portant sur la définition des concepts religieux, notamment la consolidation de la notion de citoyenneté. Cette notion qui ne fait aucune distinction ni religieuse ni ethnique entre les citoyens. Ce principe demeure la base de croyance en le pluralisme, la liberté, l'égalité, l'acceptation de l'autre et le respect de  ses confessions. Dès le début de son Hégire, le Prophète de l'Islam - salut et bénédictions d'Allah soient sur lui - a mis, le premier, ces concepts en pratique tout en les consolidant dans les cœurs des citoyens Médinois. Dans ce dessein, il a dit : "les croyants et les musulmans de Quraïch et le peuple de Yathrib et les Juifs ne font qu'une seule nation; et que les Juifs de Bani‘Awf ne font qu'une nation avec les croyants. Chacun a sa religion".
En l'inscrivant dans un document connu sous le nom wathīqat al-Madīnah (la Charte de la Médine), le Prophète - salut et bénédictions d'Allah soient sur lui - a cimenté, dans le modèle de son premier Etat, le principe de l'égalité entre les citoyens, musulmans et non-musulmans.
À cet égard, nous affirmons que la croyance en la valeur de ce principe représente la solution clé des problèmes religieux et sociaux infinis, que ce soit en Orient ou en Occident.
La Chari‘a islamique insiste toujours sur le fait que les Musulmans de l'Orient doivent considérer leurs compatriotes non-musulmans comme des citoyens partenaires dans le développement et la défense de la patrie. D'où la célèbre règle de la Chari‘a islamique stipulant que : " tous ont les mêmes droits et devoirs".
De sa part, Al-Azhar ne cesse d'exhorter les citoyens musulmans en Occident à se considérer comme faisant partie intégrante de leurs sociétés, à s'y positivement intégrer et à collaborer avec leurs compatriotes d'une manière permettant l'instauration de la paix sociale.  
Sans doute, les hommes de religion ont un rôle important à jouer pour briser les barrières psychologiques établies par les partisans de la violence, de l'isolement et de la haine devant les adeptes de différentes confessions. Cela peut se faire à travers la mise en relief de plusieurs vérités dont la plus importante est que cette diversité est bien voulue par Allah et qu'elle ne doit en aucun cas provoquer le conflit, l'isolement ou la guerre. Ceci présentera en effet une contradiction entre la liberté de pluralisme et la confiscation de ce droit.
Enfin, j'espère que nous intensifions nous efforts pour affronter tous les aspects et les pratiques qui entravent la promotion de la paix, la miséricorde et la justice entre les gens en Orient et en Occident et faire un projet humanitaire intégral qui aura un impact positif sur le cours des événements. Nous pourrions, peut-être, ainsi rencontrer Allah, le Jour de la Résurrection, avec certaines bonnes œuvres permettant de nous sauver de son Reproche et de son Châtiment.

Al-Salamu 'Alaykum wa Rahmat Allah wa Barakatuh
(Que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur vous)

Fait à Machyakhat al-Azhar, le 26 Dhu al-Hijjah 1437 H./ le 27 septembre 2016 ap. J.C.,

Le Cheikh d'Al-Azhar
Ahmad al-Tayyib

 

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