L'extrémisme et l'Europe

Par/ Professeur Oussama Nabil

  • | Wednesday, 13 April, 2016
L'extrémisme et l'Europe

L'extrémisme frappe, de nouveau, l'Europe en faisant 35 morts et 200 blessés de personnes innocentes. Malgré l'intérêt qu'accorde la Belgique au financement des Imams des mosquées et à l'enseignement de la religion islamique aux musulmans belges, la Belgique n'a pas été épargnée des attentats terroristes revendiqués par Daesh. En effet, la Belgique est accusée aujourd'hui d'être une base arrière du terrorisme en Europe.
Le lendemain des attentats de Bruxelles, le Premier Ministre français a fait des déclarations sur Europe 1 concernant l'extrémisme, le salafisme, le terrorisme et la démocratie. Dans ces déclarations, Valls a dénoncé
« l'idéologie de l'islam radical qui se propage en prison et dans des lieux de cultes ». « Nous avons fermé les yeux partout en Europe et aussi en France sur la progression des idées extrémistes et salafistes, dans un certain nombre de quartiers qui, à travers ce mélange de trafics de drogues et d'islamisme radical, ont perverti une partie de la jeunesse », a-t-il confirmé.   
En effet, les déclarations,  franches et courageuses, de Manuel Valls pourraient soulever l'inquiétude de plusieurs pays musulmans et européens, puisque fermer les yeux sur la progression de l'extrémisme implique la négligence intentionnelle de ce phénomène. Une question importante se pose : pourquoi l'Europe a-t-elle fermé les yeux sur la progression des idées extrémistes dans les quartiers et les prisons ? Pourquoi l'Europe a-t-elle fermé les yeux sur la perversion des jeunes à travers le trafic de drogues et l'idéologie de l'Islam radical?  
Ce n'était pas à cause de la négligence de l'extrémisme qu'un certain nombre d'extrémistes ont pu immigrer dans les pays musulmans pour recruter des jeunes musulmans et promouvoir, au nom de l'Islam, la pensée excommunicatrice (Takfir) dans ces pays?!
L'Europe, n'a-t-elle pas contribué indirectement à créer cette situation compliquée ? Pourquoi donc, a-t-elle demandé aux Musulmans de prendre en charge la lourde responsabilité de montrer la compatibilité de l'Islam avec la démocratie, selon les propos Valls?
D'ailleurs, si la mise au point de la compatibilité de l'Islam avec la démocratie pourrait servir à résoudre le problème, pourquoi la France ne fait pas, alors, appel aux Ulémas de l'Azhar et d'autres Oulémas qui ont confirmé que l'essence de la démocratie ne s'oppose ni à la Charia Islamique ni à la conception de la Consultation "al-Shura", qui représente une base fondamentale dans les régimes de gouvernance au cours des siècles. Aussi, plusieurs ouvrages publiés par des ulémas musulmans, ont abordé en détail cette question. Rappelons ici que l'Observatoire d'Al-Azhar avait publié un article succinct présentant l'attitude de l'Islam vis-à-vis de la démocratie. Dans cet article, on peut lire : " Lorsque nous procédons à analyser la conception occidentale de la démocratie, nous constatons qu'elle a deux aspects, dont le premier s'accorde avec l'esprit de la Charia, alors que le deuxième s'y oppose.
Quant au premier aspect qui s'accorde avec la Charia: c'est d'arriver au pouvoir par le vote de la majorité. Ceci est permis en l'Islam et ne contredit pas son esprit dans la mesure où il n'établit pas un système politique de gouvernance déterminé. La preuve en est la diversité des modes de la désignation des quatre califes bien-guidés. En effet, l'Islam institue des fondements et des principes sur lesquels doit être basé le système de gouvernance dont la nécessité d'assurer la justice et la Choura (la consultation), en vertu du verset coranique : « consulte-les sur la direction de leurs affaires » [al-Imran : 159] et encore : "ceux qui …se consultent réciproquement au sujet de leurs affaires." [Al-Choura : 38].
Quant au deuxième aspect que l'Islam n'approuve pas, c'est de légiférer des lois et des législations consenties par la majorité, mais prohibées par la Charia. Par conséquent, si l'opinion de la majorité ne viole pas les normes religieuses établies, il n'y a alors aucun mal à adopter cette loi, mais au cas où cette dernière contredit les principes de la Charia, il est interdit alors de les approuver en raison de la règle jurisprudentielle fondamentale qui stipule :"point d'Ijtihad, à propos d'une question survenue, au cas où il y a un texte."
Cette conception est bien appliquée dans les pays de majorité musulmane. Quant aux pays occidentaux, le citoyen musulman n'a pas le droit d'imposer les conceptions de sa religion à la majorité non-musulmane. Au contraire, il doit observer sa religion tout en respectant la loi de l'Etat où il réside. Il doit également respecter les coutumes et les traditions de ces Etats, même s'ils contredisent les enseignements de sa religion et ses valeurs, sans imposer ses croyances.  En même temps, ces pays doivent garantir aux musulmans la liberté de culte tout en respectant leurs croyances et leurs rituels.  
Avec tout mon respect de la vision de Valls, je pense que le problème ne réside pas dans la conception de la "démocratie", mais plutôt dans l'exploitation des jeunes musulmans par des groupes terroristes qui cherchent à modifier l'identité et la carte du monde musulman. En effet, ces groupes cherchent à déformer l'image de l'islam et à recruter des jeunes musulmans. Les actes terroristes au nom de l'islam font partie du plan de ces groupes qui cherchent à dominer les richesses du monde musulman et à alimenter les conflits et la haine entre l'Orient et l'Occident.
D'ailleurs, les groupes terroristes ont réussi à réaliser un certain nombre de leurs objectifs en faisant tomber les peuples dans le piège du terrorisme, de la haine, des accusations mutuelles entre les adeptes des différentes religions et de l'alimentation des guerres civiles. Tel est le cas en Syrie, en Iraq, en Lybie, au Yémen et au Soudan.    
Bien que de nombreux conflits fassent rage dans le monde d'aujourd'hui, le monde pense toujours d'une manière traditionnelle. Le fait d'attendre les attentats des terroristes et essayer d'arrêter leurs auteurs ne suffit pas pour résoudre le problème de l'extrémisme et du terrorisme. Le monde doit se coopérer et se consolider pour découvrir le vrai planificateur et le financier des groupes et de ces actes. Il est également indispensable de lever le voile sur le vrai bénéficiaire des actes terroristes et en faire face.  Enfin, il ne faut pas accuser les religions, mais plutôt les exploiteurs des adeptes des religions.

Directeur général de l'Observatoire de l'Azhar.  

 

 


    

 

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Categories: Extrémisme, Analyses
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