Caractéristiques de la vie sociale des organisations terroristes : le modèle daechien

Traduit par : Aḥmad Mohammad Abdel-Halim

  • | Thursday, 11 March, 2021
Caractéristiques de la vie sociale des organisations terroristes : le modèle daechien

     Vu sa spécificité parmi les autres aspects de la vie normale des êtres humains, la sociabilité est l’une des caractéristiques indispensables au bien-être de l’individu au sein de sa communauté. Si l’on compare la vie sociale des individus vivant dans une communauté normale à celle des membres intégrés dans une organisation terroriste, on trouve une divergence sensible entre la vie sociale dans un environnement stable et sécurisé d’une part et celle des milieux terroristes de l’autre part.
Dans cet article, nous détaillons les aspects flagrants de la vie sociale au sein de l’organisation terroriste de Daech, parmi lesquels figure, en premier lieu, la diversité des liens sociaux considérés comme étant une source de puissance relative au recrutement de nouveaux membres parmi les ignorants. Sur les plateformes numériques de Daech, on peut observer à quel point l’organisation se vante vigoureusement de la diversité de ses recrutés – hommes et femmes – issus de toutes les classes sociales, soit dans les pays en voie de développement, soit dans les pays développés marqués par la diversité ethnique et idéologique de leurs citoyens. Ce fait a, aux débuts de l’émergence de Daech, contribué à accroître le danger de cette organisation, surtout quand elle s’est emparée de plusieurs grands gouvernorats en Iraq et en Syrie, causant l’attraction de différentes catégories de personnes qui sont venues, du monde entier, rejoindre ce groupe terroriste sur place, ou qui ont, au moins, adopté son idéologie ou lui ont apporté de l’aide financier via internet.
Il est à noter que l’organisation terroriste de Daech feint la cohésion de ses rangs et la solidarité de ses membres, tout en s’efforçant d’anéantir les décalages sociaux, linguistiques et ethniques entre ses affiliés, d’où les surnoms dont les daechiens se servent pour se désigner l’un l’autre, ou pour désigner ceux qu’ils tentent de recruter, comme : « mon frère de monothéisme » et « mon frère en islam ». Cette attitude est révélatrice d’un sentiment de discrimination qui règne sur les milieux terroristes dont les membres croient, à tort, à la mécréance de l’ensemble de la société hormis eux-mêmes et les adeptes de leur propre idéologie, de sorte qu’à la première faute commise, l’adhérent à ce groupe terroriste peut se trouver condamné à mort. Les leaders de Daech exécutent, sous les yeux de tous les membres du groupe, ceux qui osent contrer leur agenda terroriste, et ce pour en réprimer les autres. À ce stade, apparaît une autre caractéristique distinctive de leur vie misérable : la pression sociale émanant des relations réciproques qui lient l’individu à son entourage et à son milieu social en général.
Comme la communauté terroriste est composée de personnes de différentes nationalités et qui parlent différentes langues, les leaders terroristes de Daech se sont trouvés obligés de feindre une autre caractéristique de leur société : l’intégration sociale illusoire des nouveaux membres ou des minorités dans la structure sociale de la communauté d’accueil. En affichant le slogan de la suppression des frontières entre les pays, ces leaders font croire aux nouveaux recrutés qu’ils ont été rapidement intégrés parmi leurs semblables dans ce milieu sanglant.
Vient ensuite, la peur sociale qui est, lui aussi, une caractéristique de la vie sociale de Daech. C’est une peur de fréquenter les inconnus, de parler ou d’interagir avec eux. Elle est le résultat de la brutalité des criminels de ce groupe terroriste. C’est une brutalité qui a laissé son mauvais impact sur l'esprit de ceux qui avaient fui l'organisation terroriste. C'est ce que nous découvrons à l’écoute des témoignages des ex-prisonniers de Daech, dont celui de la jeune femme yézidie « Ashwaq Haji Hamid ». Face à son violeur appelé « Abu Hammam al-Hayyani », cette jeune yézidie raconte sa souffrance et la peur dans laquelle elle vivait tout au long de la période de sa captivité. Elle lui dit : « J'avais 14 ans quand tu m'as kidnappée ; tu me battais et me violais tous les jours, même quand je te disais que je suis comme ta sœur. » Et elle a ajouté en pleurant : « On était mal traité ; ils ne sont pas humains. » (Témoignages recueillis par la chaîne télévisée « Al Hadath » ; vidéo intitulée : « Ashwaq Haji Hamid, la jeune femme yézidie, fait face à son violeur daechien », diffusée au mois de décembre 2019).
Une autre caractéristique de la vie sociale de cette organisation terroriste : la marginalisation ou l’exclusion sociale. C’est un fléau qui frappe l’ensemble des membres de Daech sauf les leaders : ce sont les soient disant émirs qui commandent et ont le dernier mot. Les confessions d’un détenu daechien le prouve ; quand les agents des services de sécurité lui ont posé la question à propos du choix de sa propre femme captive, il leur a répondu : « Le butin et les captives sont distribués par les grands émirs. C’est leur propre affaire. Nous ne nous impliquons pas et n’avons pas le choix. »
Le suicide fait également partie des caractéristiques dominantes de ce milieu terroriste. Il touche soit les hommes, soit les femmes, voire même les enfants. Il prend la forme des attentats suicides inscrits, dans leur agenda terroriste, comme étant des opérations djihadistes. Il convient de noter que de nombreux attentats suicides, assassinats et enlèvements font la une de diverses publications de ce groupe terroriste, témoignant ainsi de leur fierté d’avoir causé la mort à une multitude de personnes innocentes. Selon les statistiques sur l’extrémisme publiées par l’Observatoire d’Al-Azhar, 4 attentats suicides ont eu lieu en Iraq en un seul mois (septembre 2020), et 4 autres en Syrie au même mois, faisant, dans l’ensemble, près de 50 victimes et 60 blessés. Malgré l’atrocité de ces attentats, les terroristes ne montrent aucun remords d’avoir fait périr ces âmes innocentes.
De là l’orgueil social qui naît, au sein de cette organisation terroriste, à partir de fausses victoires vécues par les membres lors des séances de distribution des femmes kidnappées aux hommes du groupe. Cet orgueil apparaît dans leurs propos quand l’un d’entre eux dit : « Aujourd’hui est le jour de distribution [du butin] » ; ou encore quand un autre dit : « J’achète la captive de quiconque vend la sienne ». Ils dépassent les limites mêmes de l’orgueil quand ils se vantent du grand nombre de femmes kidnappées, ou encore quand ils organisent des enchères publiques pour les vendre.
Enfin, nous constatons que la réclusion sociale fait partie des caractéristiques distinctives de la vie de ce groupe sanglant, et cela apparaît évidemment lorsque les membres de ce groupe terroriste font l’objet des poursuites sécuritaires et judiciaires, ou encore quand ils se trouvent socialement stigmatisés. Cette stigmatisation sociale les pousse à fuir l’organisation aussitôt que leur apparaît la possibilité de se mettre à l’abri des poursuites sécuritaires, pour vivre isolés en refusant tout lien social qui les mettrait en contact avec les autres.  
L’Observatoire d’Al-Azhar souligne que l’organisation terroriste de Daech tend à fortifier, chez les jeunes, les sentiments d’isolement familial, d’expatriation et de marginalisation au sein de leur propre société dans leur propre patrie. Ce qui rend ces jeunes des proies faciles aux groupes terroristes qui les exploitent dans la réalisation de leurs objectifs meurtriers. L’Observatoire rappelle donc l’importance du rôle de la famille dans la protection des enfants, et aussi de celui de la société envers ses membres : l’une et l’autre sont demandées de fournir les bons éléments pour construire une identité culturelle et religieuse correcte qui serait, pour nos jeunes, un rempart contre la polarisation et l’extrémisme.
 

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